Conférences

L’association Les Amis du Vieux Lançon organise diverses conférences, notamment à l’occasion d’expositions ou d’événements particuliers telles que celles proposées lors de la commémoration du centenaire de la guerre 1914/1918, et  aussi des conférences plus générales comme celle sur l’histoire du vin par Olivier Houles en 2015.

♣ Cycle de conférences en commémoration de la Guerre 1914-1918 :

12 novembre 2014 : « La contribution des femmes à l’effort de guerre » Conférence de Jeanne-Marie Sauvage

Quand on parle de la Grande guerre, on évoque un conflit qui fit des millions de victimes. Les hommes au front, il revint aux femmes la tâche de porter l’économie du pays. Pendant 4 ans, elles ont été aux champs et à l’usine, dans les transports et les administrations, ont remplacé les hommes dans bien des domaines. Mais la femme de 1919 n’est pas celle de 1914. . .

♦ 10 novembre 2015 : « La légende noire du XVième corps » – Intervenant Serge Truphémus, professeur d’histoire

En août 1914, les soldats provençaux du XVe corps sont engagés dans l’une des premières grandes batailles opposant les Français aux Allemands. En fait, l’ennemi attire les Français sur un terrain qu’il a fixé comme champ de bataille, avec une artillerie dont les tirs sont réglés à l’avance.  Les troupes se font massacrer sous un déluge d’obus et de mitraille sans même voir un seul soldat ennemi. Les Méridionaux abandonnent 10 000 morts sur un terrain boueux d’étangs et de prairies, totalement exposé où l’on n’aurait jamais dû les faire manœuvrer. Peu après ils sont pourtant accusés d’être les responsables de la défaite . . . .(lire la suite ici )

♦ 10 novembre 2016 : « Les fusillés pour l’exemple » -Conférence de Serge Truphémus

 

Quelques 639 combattants français de la Première Guerre Mondiale ont été fusillés pour des actes de désobéissance et parfois simplement pour l’exemple devant des troupes au moral brisé par la violence de la guerre des tranchées.

 

 

 

 ♦ 10 novembre 2017 : « Les français dans la guerre » : conférence de Nicolas BADALASSI, maître de conférence en histoire contemporaine à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence .

 La première guerre mondiale que les historiens définiront  comme une « guerre totale« mobilisera toute la population française, les hommes pour être soldats, les femmes et les enfants, à l’arrière, pour contribuer à l’effort de guerre et remplacer les hommes partis au combat. Elle mobilise aussi toutes les ressources agricoles et industrielles pour alimenter le front. Cette mobilisation intégrale de la société civile est une nouveauté, que personne ne pouvait imaginer au début du conflit : l’économie toute entière est mise au service de la guerre, d’autant plus qu’en France, les départements du Nord industrialisés sont occupés par les Allemands et les destructions matérielles sont considérables. Alors que la guerre s’enlise dans les tranchées, les usines se reconvertissent en industrie de guerre pour fabriquer des munitions, des camions et des chars de combat. Les femmes, aidées des ouvriers qualifiés non mobilisés, partent travailler en usine à hauteur de 10 à 14h par jour. Dans les campagnes, les hommes  laissent les moissons en cours. Les animaux de bâts (bovins, chevaux) sont réquisitionnés par l’armée. Alors, seuls, les femmes et les enfants labourent, sèment, fauchent, sulfatent les vignes avec des outils inadaptés à leur taille: ils vont assumer le ravitaillement de la nation. Des ressources financières sont également nécessaires pour soutenir la production et les achats à l’étranger : l’Etat fait appel à l’emprunt public. Tout au long des quatre années de guerre, la propagande pour financer ces emprunts concernera toute la population civile. Si les civils ne sont pas au cœur même des combats de la Grande Guerre,  ils sont affectés de bien des manières par la violence de guerre : l’invasion, les bombardements, les souffrances, les camps d’internement et les

déportations. Cependant certaines catégories de civils ont moins souffert que d’autres et se sont parfois enrichies en profitant de l’économie de la guerre. Ce constat va alimenter chez les Poilus  un certain ressentiment vis à vis des civils de l’arrière pour ce qu’ils considèrent être une injustice. Aux morts se sont ajoutés un nombre immense de blessés et de mutilés (1,4 millions de morts et disparus – 4,3 millions de blessés et invalides); la « surmortalité » des populations civiles et le déficit de la nativité amènent à une profonde transformation de l’équilibre démographique dans le pays. Les sociétés ont été confrontées à la mort de masse, d’autant plus insupportable qu’elle inverse l’ordre normal des générations. Les soldats, jeunes adultes, meurent avant leurs parents. Ils n’ont pas eu et n’auront plus d’enfants. Dans les campagnes, la disparition de milliers de jeunes    paysans accélère le vieillissement du monde rural. Ce déficit démographique entraîne un appel à la main d’oeuvre étrangère. Une remise en cause des valeurs morales va s’opérer.  En effet, les valeurs traditionnelles ont été très ébranlées après le gâchis des vies humaines pendant plus de quatre ans. La société a été profondément bouleversée par la ruine des épargnants et par l’appauvrissement des classes moyennes sur lesquelles reposait la société, en même temps par l’enrichissement trop rapide des « profiteurs de guerre ». Par son ampleur, ce conflit si meurtrier a marqué de son empreinte le XXème siècle. Le monde et surtout l’Europe sortiront viscéralement transformés. L’écho de la Grande Guerre résonne encore dans la mémoire collective.

♦ Le 09 novembre 2018 : « l’évolution de la médecine dans les tranchées » : conférence de Bernard BALDIVIA, médecin anesthésiste à Martigues.

Les Amis du Vieux Lançon ont organisé, sur le thème « Soins et chirurgie dans les tranchées », une exposition unique sur le matériel médical de l’époque.  (plus d’informations et photos ici)                                                                       Ces journées ont été assorties d’une conférence animée par Bernard Baldivia, conférencier et médecin anesthésiste à Martigues,  sur le thème de« l’évolution de la médecine dans les tranchées ». Le public, venu en nombre, a beaucoup apprécié.

Dans un premier temps, le conférencier a rappelé succinctement ce qui a amené le déclenchement de cette guerre  : pour les français, le retour de l’Alsace-Lorraine sur son territoire, pour l’Allemagne son désir d’expansion, pour le Royaume-Uni la crainte de la montée en puissance de la marine impériale, pour l’empire austro-hongrois sa politique balkanique agressive. Ainsi va naître l’alliance « Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie » la Triplice  et de l’autre, la Triple Entente : « France, Russie, Royaume-Uni ». Quant à la cause immédiate du conflit, ce fût l’attentat de Sarajevo,le 28 Juin 1914, qui causa la mort de l’archiduc austro-hongrois, héritier de l’empire et de son épouse.

Préparée à la guerre dès 1912, l’Allemagne la déclara à la France le 3 Août 1914 et envahit la Belgique neutre. L’armée française recula dans un premier temps, mais put regagner une partie du terrain conquis après la Bataille de la Marne (septembre 1914) et le fameux épisode des taxis de la Marne. Ensuite, dés 1915, les belligérants s’enterrèrent dans des tranchées, le front se fixa et débuta alors une guerre de position , émaillée, de part et d’autre, d’attaques aussi meurtrières qu’ inefficaces et de bombardements quasi quotidiens d’une violence inouïe. Cela jusqu’en début 1918, où , suite au retrait des troupes russes (Révolution d’Octobre des Bolcheviques) , les allemands purent ramener des troupes sur le front Ouest et relancer une guerre offensive. Les alliés (anglais et français) parviendront à contenir l’avancée allemande grâce aux renfort des soldats américains et l’utilisation d’une arme nouvelle : les TANKS.

Soigner au cœur des tranchées

Cette guerre de 4 ans a fait plus de 1,4 millions de morts et disparus et 4,3 millions de blessés et invalides. Des blessés qu’il a fallu prendre en charge en urgence au milieu des tranchées et dans des conditions sanitaires épouvantable: les combats sont continus dans les tranchées. Sous une pluie d’obus il faut faire face à l’afflux des blessés. Après une période de flottement (plus de 300 000 morts et le double de blessés dans les premiers trois mois de guerre), la prise en charge médicale s’organise, se rationalise. Au plus près des combats, les premiers soins peuvent être prodigués dans les tranchées. Ensuite, les blessés doivent être évacués vers d’autres endroits. En 1916, tout local évacué ( écoles églises , hangars , demeures, etc) pouvait servir de bases de commandement et de postes de secours avancés. On y prodiguait les premiers soins d’urgence. On ouvrait l’uniforme pour voir où était la blessure, on mettait un pansement sur la plaie, on faisait une injection antitétanique parce que les soldats n’étaient pas systématiquement vaccinés contre le tétanos. Si on n’était pas dans une grande journée de bombardements, le soldat se déplaçait vers les postes encore plus en arrière et s’il devait être transporté, il fallait attendre de préférence le soir pour évacuer vers l’extérieur. Mais, face à l’afflux de blessés toujours plus important, les médecins avaient une tâche essentielle et prioritaire : le tri des soldats en fonction de la gravité de leurs blessures.

C’est, en effet, une règle de base de la médecine d’urgence : dans une grande catastrophe, il faut que le médecin le plus expérimenté effectue le premier tri et qu’il différencie les éclopés, ceux qui peuvent attendre, les morts ou les moribonds ( mis à l’écart avec des injections de morphine en attendant leur décès) et les urgences. Ensuite, on fait passer au bloc opératoire les plus atteints. Souvent, pour être opérés, les blessés sont transportés dans les hôpitaux de campagne, installés à une quinzaine de kilomètres du front. Au mémorial de Verdun, une table d’opération typique de l’époque a été reconstituée. Elle témoigne des moyens rudimentaires avec lesquels travaillaient les chirurgiens. C’étaient des opérations non stop. En 24h, les médecins se relayaient pour opérer entre 30 à 50 blessés graves, sans compter les blessés légers. L’opération principale effectuée était l’extraction de balles ou projectiles avec repérage grâce à une toute nouvelle invention : la radioscopie. Et quand les soldats étaient trop gravement blessés, avec des blessures très infectées ou des dégâts osseux trop importants, les chirurgiens réalisaient des amputations. Le problème d’une plaie de guerre, est que la plaie est souillée de débris d’obus, de la terre… Et cela est une source épouvantable d’infection. Alors, on réalise, pour amputer, une coupe chirurgicale, on laisse le moignon ouvert, l’infection va se produire au niveau du moignon mais ne va pas monter car elle pourra être drainée (évacuée) à l’extérieur du membre. Pendant la Grande Guerre, les antibiotiques n’existent pas. Pour désinfecter la plaie, on recommande d’utiliser la liqueur de Daquin. Cet antiseptique ( à base d’eau de Javel) a permis de réduire de façon spectaculaire le nombre d’infections et de gangrènes. Devant l’hécatombe persistante, les médecins comprennent toutefois , dés fin 1916, qu’il faut réduire le délai de prise en charge et que les blessés doivent être opérés d’urgence au plus près du front. Ils inventent alors les auto-chirs, des petits hôpitaux mobiles contenus dans cinq camions. Il y avait un véhicule d’opération qui pouvait s’agrandir à l’aide d’une tente repliable, un véhicule de radiographie pour l’exploration des plaies des blessés, un véhicule de stérilisation, qui transportait également les groupes électrogènes et 2 véhicules pour le personnel soignant . Toutes les interventions (en particulier ORL sur les « Gueules cassées ») seront facilitées par l’anesthésie qui va faire des progrès essentiels . De même la radiographie se développera grâce au dévouement et à l’obstination de Madame Marie Curie et de sa fille Irène Joliot-Curie.

Mais ces petits hôpitaux mobiles ne pouvaient malgré tout pas aller directement sur les champs de bataille. Les automobiles ne sont pas tout terrain. Alors, entre les trous d’obus, les barbelés et la boue ce sont des hommes qui doivent aller ramasser les blessés : les brancardiers qui paient un lourd tribut à la guerre ainsi que les religieux (aumôniers) qui étaient également employés au transport des blessés et qui, souvent, n’hésitaient pas à se sacrifier pour accompagner les mourants.

Au total, la guerre va mobiliser 300 000 infirmières et infirmiers et              18 000 médecins.

Par son ampleur, ce conflit si meurtrier a marqué de son empreinte le XXème siècle. Le monde et surtout l’Europe sortiront viscéralement transformés. L’écho de la Grande Guerre résonne encore dans la mémoire collective.                                                                                                                            Nous rendons un hommage très ému à cette fin de guerre ce  11 novembre 2018.

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                                                                                       conférence de Monsieur Bernard BALDIVIA